Philippidès et les data centers : une histoire de l’effet rebond

Chronique parue le 1e juillet 2025

Dans la Grèce antique, la tâche des hémérodromes consistait à transporter de l’information en utilisant leur force musculaire. L’hémérodrome le plus célèbre fut Philippidès, envoyé à Athènes par le Général Miltiade pour annoncer la défaite des Perses à la bataille de Marathon. Pour la société, le coût en énergie était assez faible. Mais pas son coût social : épuisé à son arrivée, Philippidès y perdit la vie.

Sobre en énergie, ce service ne se prêtait guère au transport de l’information en grande quantité ou sur longue distance. En 1866, quelque deux millénaires après le décès de Philippidès, est posé le premier câble télégraphique traversant l’Atlantique. Il permet d’échanger des messages codés grâce aux impulsions électriques, à un coût assez prohibitif : 5 dollars par mot, soit environ 250 de nos dollars d’aujourd’hui.

Télégraphe

Après guerre, le téléphone analogique remplace le télégraphe. Avec la même quantité d’électricité, il véhicule bien plus d’information. Au début des années 1950, le coût d’une communication entre Londres et New York tombe à 3 dollars la minute, soit 2,5 cents par mot. Grâce à la baisse du prix, ce nouveau service va rapidement consommer bien plus d’électricité que l’antique télégraphe.

Avec le numérique, le transport de l’information connaît un nouveau bond en avant en matière d’efficacité énergétique. Avec les standards de cinquième génération (la « 5G »), on peut transporter plusieurs milliers de mots par seconde ! Mais on transporte désormais toutes sortes d’informations, comme des photos, des vidéos, des modèles numériques, bien plus gourmands en énergie que de simples mots. Si le passage de la 4G à la 5G permet de réduire de 80 à 90 % la quantité d’électricité requise pour transporter le même volume d’information, il devrait provoquer une hausse de la consommation d’électricité du fait de l’accroissement du trafic.

Les gains d’efficacité énergétique des puces graphiques utilisées pour les jeux en ligne et l’intelligence artificielle ne sont pas en reste. D’après l’Agence internationale de l’énergie, ils doublent tous les 2,5 à 3 ans. Avec une baisse de la demande d’électricité en vue ? Les quelque 11.000 data centers opérationnels en 2024 dans le monde sont déjà à l’origine d’un peu plus de 1 % de la consommation d’électricité mondiale (4 % aux Etats-Unis, 20 % en Irlande). Des chiffres qui risquent de s’envoler dans les années qui viennent.

Puces graphiques

Certains experts avancent l’hypothèse que l’amélioration des performances énergétiques des futurs data centers permettrait de freiner ces nouvelles consommations d’énergie. Jevons, l’économiste britannique qui le premier étudia l’effet rebond dans le cas du charbon, doit se retourner dans sa tombe. La vérité est que sans modération dans les usages ni prise en compte de son coût énergétique, le déploiement de l’intelligence artificielle risque de retarder la transition bas carbone.

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