La diplomatie climatique destructrice de l’Amérique trumpienne

Tribune parue le 4 novembre 2025

Parmi les nombreux décrets signés par Donald Trump le premier jour de sa présidence, le 20 janvier, figurait celui annonçant le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Certains ont pu y voir une décision relativement anodine. La sortie de l’accord lors du premier mandat n’avait-elle pas été un non-événement, sans réel impact sur la négociation climatique internationale ?

Il en va tout autrement cette fois-ci. En matière de diplomatie climatique, l’Amérique trumpienne ne s’est nullement mise en retrait. Elle pratique au contraire un interventionnisme destructeur, comme en témoigne le torpillage de la stratégie de décarbonation du transport maritime intervenu, à la mi-octobre, dans l’enceinte de l’Organisation maritime internationale (OMI).

Comme celles des vols internationaux, les émissions de CO2 émanant du transport maritime international ne sont pas directement couvertes par l’accord de Paris. Elles sont régulées par l’OMI, une agence spécialisée de l’Organisation des Nations unies (ONU), qui réunit les Etats dans le cadre de sessions ad hoc où se négocient les objectifs de réduction d’émissions – l’équivalent des COP (conférences des parties), limitées aux seules émissions du transport maritime international.

Retour surprise

Lors de la session d’avril, consacrée aux moyens à mettre en œuvre pour réduire les émissions de CO₂ à moyen terme, les Etats-Unis ont adopté la politique de la chaise vide. Une façon de marquer leur hostilité à tout engagement du transport maritime en matière d’atténuation du changement climatique. En leur absence, les pays présents se sont accordés sur un projet de régulation comportant deux volets : des objectifs de réduction d’émissions de CO₂ à moyen terme ; un mécanisme de tarification carbone pénalisant les armateurs n’atteignant pas les objectifs et soutenant ceux qui prennent de l’avance.

La session du 13 au 17 octobre devait inscrire ce projet dans le droit international, par l’intermédiaire de la convention de Marpol, qui fait autorité en ce qui concerne la livraison maritime de marchandises. Simple formalité juridique ? C’était compter sans le retour surprise de la délégation américaine autour de la table des négociations et le torpillage en règle du projet auquel elle s’est livrée. Allant jusqu’à menacer de rétorsion commerciale les pays qui oseraient appliquer la tarification carbone, elle a pu s’appuyer sur des affidés acquis à sa cause, comme la Russie et l’Arabie saoudite, autres grands producteurs d’hydrocarbures.

Face à cette offensive, les grands pays émergents, comme la Chine ou l’Inde, initialement favorables au projet de l’OMI, sont restés dans l’expectative. L’Union européenne (UE), affaiblie par son propre rétropédalage en matière d’ambition climatique, n’a pas pesé lourd. Le projet de régulation n’a donc pas pu être inscrit dans le droit international. Sur proposition de l’Arabie saoudite, sa discussion a été reportée d’un an. Le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, a immédiatement félicité ses négociateurs pour avoir évité « une hausse massive d’une taxe de l’ONU sur les consommateurs américains ».

Les conséquences de ce naufrage juridique vont en premier lieu peser sur la trajectoire d’émissions du transport maritime. Les navires parcourant les mers rejettent dans l’atmosphère à peu près autant de CO₂ que les avions dans les airs : 3 % des émissions mondiales, ou encore 3,7 fois celles de la France. Ces émissions augmentent avec la croissance des trafics, la quasi-totalité des navires étant propulsés par du fioul lourd. En 2024, leur hausse a même atteint 5 %, du fait du report d’une partie du trafic transitant par le canal de Suez vers le cap de Bonne-Espérance pour des raisons de sécurité.

Défense exclusive des intérêts commerciaux

Au-delà du transport maritime, l’épisode montre que l’offensive engagée au plan interne par l’administration trumpienne contre toute forme de politique climatique se double d’une diplomatie anticlimat agressive. Cette diplomatie repose sur les mêmes fondements que la nouvelle politique étrangère du pays : la défense de ses intérêts commerciaux, à commencer par ceux des hydrocarbures, à l’exclusion de toute autre considération portant sur les normes internationales en matière de droits humains, de défense de l’environnement ou de lutte contre le réchauffement planétaire.

Cette diplomatie sera à l’œuvre lors de la COP30 qui se tient prochainement à Belem (Brésil), que les négociateurs américains fassent le déplacement ou pas. Cette COP marquera l’ouverture de la troisième période quinquennale d’application de l’accord de Paris, avec de nouvelles « contributions déterminées au niveau national » fixant pays par pays les objectifs d’atténuation du changement climatique jusqu’en 2035.

Pour maintenir l’ambition collective, il faudra tirer les bonnes leçons de l’épisode du mois d’octobre en déjouant les tentatives d’obstruction des Etats-Unis et de ses affidés. Cela implique de constituer un front commun entre la Chine, l’UE et l’ensemble des pays réaffirmant leurs engagements climatiques. Un tel jeu d’alliance serait inédit et difficile à construire. Il est pourtant rendu nécessaire par la démesure de l’offensive anticlimat de l’Amérique trumpienne.

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  • Lire deux articles sur l’OMI et le transport maritime : ICI et ICI
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