Forêts, émissions de CO2 : où en est le Brésil à la veille de la COP30 ?

Accueillir une COP à Belém, c’est évidemment mettre le focus sur les forêts tropicales. L’un des enjeux de la présidence brésilienne sera de faire adopter un objectif crédible de « net-zéro déforestation » en 2030. Par crédible, entendez un engagement assorti des moyens financiers adéquats.

Le Brésil s’est lui-même fixé un tel objectif, au retour de Lula à la Présidence en 2022. Où en est-il à la veille de la COP ? Avec quelles incidences sur les émissions de CO2 ? Faisons le point, tant des informations contradictoires semblent circuler en la matière.

Les progrès de la lutte contre la déforestation

Grâce à l’imagerie satellite, on dispose d’informations fiables sur la déforestation dans les différentes régions du Brésil. Les données annuelles couvrent les périodes de août à juillet de chaque année. Elles mesurent les superficies de forêt converties à d’autres usages, agricoles la plupart du temps.

En forêt amazonienne humide, la rupture dans le rythme de la déforestation est intervenue durant les deux premiers mandats de Lula, grâce à des politiques freinant l’expansion des élevages bovins et de la culture du soja. Le rythme annuel moyen de la déforestation a été divisé par plus de deux (graphique de haut de page). La politique favorable à l’agro-business conduite durant le mandat de Jair Bolsonaro (2019-2002) a entrainé une reprise de la déforestation, sans totalement gommer les progrès antérieurs. Depuis le retour de Lula, la déforestation ralentit à nouveau en Amazonie. En 2025, elles est proche de son minimum atteint en 2012.

Si l’Amazonie est le principal massif forestier brésilien, il ne représente pas la totalité des forêts du pays. L’autre grand massif à avoir subi la déforestation est le Cerrado, vaste savane sèche située au sud de l’Amazonie. Le Cerrado a également connu un ralentissement de sa déforestation, mais moins prononcé qu’en Amazonie. En 2025, il a ainsi perdu d’avantage de superficies forestières que l’Amazonie.

Source : Courrier international
Déforestations et agriculture, poids lourds des émissions

L’Observatoire du climat a rendu public le calcul des émissions de GES pour 2024, qui actualise les données d’inventaire. On y découvre le poids de la déforestation et de l’agriculture dans les émissions de gaz à effet de serre du pays (plus de 70%).

En 2024, le ralentissement de la déforestation a permis de réduire d’un tiers les émissions brutes de CO2. Ce sont 435 Gt de CO2 qui ne partiront pas en fumée à la suite du défrichage très majoritairement agricole.

Les émissions du secteur agricole constituent l’autre poids lourd des émissions (30 % du total). Elles sont restées stable en 2024. Les émissions résultant de la combustion d’énergie fossile ont, de leur côté, augmenté de 1% et celles provenant de la gestion des déchets de 4%.

Déforestation et agriculture comptent pour plus de 70% des émissions brésiliennes de GES

Dans sa contribution nationale déposée à l’amont de la COP30, le Brésil s’est engagé à réduire ses émissions nettes de gaz à effet de serre de 59 à 67% en 2035 relativement à 2005. Si les premières estimations sont confirmées, il les a déjà réduites de 42 % en 2024. L’objectif semble donc atteignable si on parvient à stopper la déforestation à la fin de la décennie.

Incendies, sécheresse, affaiblissement du puits de carbone forestier

La forte baisse des émissions de CO2 résultant du secteur forestier semble contradictoire avec d’autres informations sur les dégâts considérables qu’ont infligé les conditions climatiques (sécheresses + canicules) à la forêt brésilienne en 2024, en particulier via les feux de forêt qui ont atteint une ampleur sans précédent.

Conformément aux règles de calcul préconisées par le GIEC, ces émissions résultant de rétroactions climatique, ne figurent pas dans les inventaires d’émission, car elles ne sont pas considérées comme « anthropiques ».

En 2024, les émissions provenant des feux de forêt ont atteint un record de 241 Mt de CO2eq. Une fois dans l’atmosphère, elles contribuent autant au réchauffement de la planète que les rejets issus du défrichage de la forêt ou de toute autre source. Si on les réintégrait dans l’inventaire, la baisse des émissions du Brésil aurait été moitié moindre en 2024.

L’élimination de la déforestation tropicale reste une priorité de rang 1. Mais son impact bénéfique sur le réchauffement climatique risque d’être amoindri par les rétroactions climatiques si on ne parvient pas à accroître la résilience de la forêt face aux impacts du réchauffement global.

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  • Accéder au portail sur les données de déforestation au Brésil : ICI
  • Consulter l’étude de l’Observatoire du climat et l’inventaire des GES : ICI et ICI
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