
La partition a déjà été jouée début 2022, lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Pour contrer l’envolée des cours du gaz et le renchérissement du pétrole, la Pologne et la Hongrie réclamaient alors la suspension du marché européen des quotas de CO2. L’appel ne fut pas entendu. Le marché carbone en est même sorti renforcé, le prix du quota atteignant son sommet historique l’année 2022.
Attention : danger !
La rengaine vient d’être reprise à la suite du doublement du prix du gaz à Rotterdam et du passage du Brent au-dessus de 100 dollars le baril, suite à l’embrasement du Golfe. De nouvelles voix sont venues s’ajouter à celles des opposants historiques au marché des quotas. Quand il s’agit de soutenir l’industrie, le Chancelier Merz évoque désormais un gel du prix du CO2, le gouvernement de Giorgia Meloni n’hésitant pas à réclamer à la Commission sa suspension pure et simple.
Attention : danger ! La charge est bien plus lourde qu’en 2022. Elle a déjà semé le doute sur le marché où le quota de CO2 a perdu un quart de sa valeur depuis le début d’année. Elle risque d’être relayée au Parlement européen par des votes réunissant le Parti Populaire Européen (PPE) et les groupes d’extrême droite de plus en plus souvent unis par les vents du backlash écologique.
Les dégâts économiques du déshabillage
Au plan microéconomique, succomber à cette chimère reviendrait à pénaliser les first movers qui ont répondu au signal prix du carbone par des innovations dans les technologies permettant de réduire les émissions de CO2. Ces innovations seront au cœur des compétitivités industrielles de demain. Les freiner au profit des industries d’hier qui n’ont pas encore entamé leur mue, ou simplement pris du retard, c’est se tirer une balle dans le pieds.
Au plan macroéconomique, déshabiller le marché carbone pour réduire les prix de l’énergie fossile va envoyer une incitation à accroître son usage. Un alourdissement en perspective de la facture de plusieurs centaines de milliards d’euros que l’Europe doit déjà régler à l’extérieur pour s’approvisionner en énergie. Ces milliards supplémentaires ne pourront pas être dirigés vers les investissements que l’économie européenne a pourtant besoin d’augmenter pour échapper au déclassement promis par certains. Deuxième balle dans le pieds.
Les bonnes réponses
La bonne leçon à tirer de cette nouvelle guerre qui paralyse le Golfe saute aux yeux. Il faut sortir encore plus vite de notre dépendance à l’énergie fossile en accélérant sur les énergies de flux : solaire et éolien à titre principal. Tant au niveau de leur production que de leur utilisation. Pour y parvenir, il ne faut pas déshabiller le marché carbone. Il faut élargir sa couverture à l’ensemble des émissions de carbone fossile et améliorer son efficience qui repose sur sa crédibilité politique.
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Complément graphique

Un recul d’un quart du prix du quota de CO2, depuis le début de l’année 2026.
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