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Définitions :
- Aide publique au développement (APD) : « Ensemble des dons et des prêts à conditions très favorables (nets des remboursements en capital) accordés par des organismes publics aux pays et aux territoires figurant sur la liste des bénéficiaires du « Comité d’aide au développement » (CAD) de l’OCDE ». Site de l’INSEE
- APD : « Soutien financier des donateurs officiels aux bénéficiaires de l’aide – les pays à revenu faible ou intermédiaire. Elle consiste principalement en des dons ou des prêts à taux réduit, et représente plus des deux tiers du financement extérieur des pays les moins avancés ». Site de l’OCDE
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Histoire d’un concept
Le concept d’aide au développement prend ses racines au lendemain de la seconde guerre mondiale, sous la double influence du plan Marshall et de la décolonisation qui font apparaître d’immenses besoins de financement. Il est porté par les grandes figures de l’économie du développement que sont alors Raúl Prebisch et Arthur Lewis.
En 1961, l’OCDE crée son « Comité d’aide au développement » (CAD) qui calcule chaque année les flux d’aide financés sur fonds publics. A noter que ces flux n’intègrent pas les flux liés à la philanthropie privée (environ 6% de l’APD), ni ceux provenant d’Etats non membres du CAD (8% de l’APD en 2025).
En 1969, le rapport Pearson, commandé par la Banque Mondiale, propose un objectif quantitatif de 1% du PIB pour la totalité de l’aide apportée par les pays riches, avec un minimum pour sa partie publique. Un an plus tard, en 1990, l’Assemblée générale des Nations Unies adopte l’objectif de porter l’APD à 0,7% du revenu national brut (RNB).
Dans les années 1970 et 1980, la part du revenu national des pays riches dédiée à l’APD ne décolle pas et régresse même durant la décennie 1990. Durant cette période, les modalités de l’APD sont également critiquées par des économistes libéraux comme Milton Friedman ou keynésiens comme Angus Deaton. A leurs yeux, ces modalités maintiennent les pays moins avancés dans des situation de dépendance tout en favorisant la corruption.
En 2002, la conférence de Monterrey remet à jour l’objectif de 0,7%. Elle trace également de nouvelles voies pour la mise en œuvre de l’APD s’inspirant des travaux de l’économiste Amartya Sen. Le « consensus de Monterrey » recommande de cibler le renforcement des capacités locales par des projets qui mobilisent les acteurs de la société civile.
La conférence de Monterrey facilite la remontée de l’APD à 0,3% du revenu national entre 2000 et 2005, un chiffre qui ne sera guère dépassé durant les quinze années qui suivent. Au début des années 2020, les ravages de l’épidémie de COVID, l’aggravation des crises alimentaires et l’afflux de réfugiés provoquent une nouvelle remontée de l’APD à 0,38% du revenu national en 2023, un niveau jamais atteint depuis la fin des années 1960.
Remontée de courte durée : entre 2023 et 2025, l’APD diminue de 28% en termes réels, rejoignant, en proportion du revenu national, son niveau le plus bas depuis vingt ans. Les experts de l’OCDE anticipent un nouveau recul de 6 % en 2026, ce qui ferait une perte d’un tiers du pouvoir d’achat de l’APD en trois ans.

2025 : l’onde de choc en provenance de l’Amérique trumpienne
Pour les trois quarts, le recul de 24 % de l’APD en 2025 provient de la division par 2,3 de l’aide fournie par les Etats-Unis. Sous la conduite de Donald Trump, les Etats-Unis ont mis au régime sec le financement des organisations de l’ONU dont ils étaient souvent le premier financeur. Ils ont également démantelé l’USAID, de loin la première agence d’aide au développement dans le monde, particulièrement active en matière de santé et d’aide humanitaire. Pour la première fois depuis qu’existe une comptabilisation de l’APD (1961), les Etats-Unis n’ont pas été, en 2025, le premier fournisseur d’aide, passant au deuxième rang derrière l’Allemagne.
Les autres grands donateurs n’ont pas compensé ce trou d’air de l’APD, mais ont au contraire amplifié l’onde de choc. Notamment les pays européens qui ont maintenu leurs concours aux organismes multilatéraux (ONU, Union européenne et banques multilatérales), mais ont comprimé les aides bilatérales : larges coupes dans les aides aux réfugiés (comptabilisés dans l’APD) et les programmes de coopération proprement dits.
Au total, la chute des aides bilatérales dans le monde a provoqué un recul de plus d’un tiers des aides aux réfugiés et de l’aide humanitaire et d’une quart de celle dirigée vers les pays moins avancés et l’Afrique sub-saharienne.

Caractéristiques de l’APD française
L’APD comprend les aides fournies par des dons et subventions financés par l’Etat ou des collectivités territoriales. Cela inclut l’aide au développement proprement dite dont la plus grande partie transite par l’Agence française de développement. Il faut y ajouter les bourses accordées aux étudiants issus des pays éligibles étudiant en France et les aides au titre de la prise en charge des réfugiés sur le territoire français.
L’ADP inclut également les aides apportées par des prêts accordés à des conditions préférentielles aux pays du Sud dénommés « prêts concessionnels ». Dans le cas de ces prêts, seul est comptabilisé le financement de la bonification, suivant une méthodologie commune adoptée en 2018. On parle alors « d’équivalent don ».

Une partie significative de L’APD est acheminée vers les destinataires par voie multilatérale. Dans le cas de la France, son principal canal est l’Union européenne par laquelle transite près de la moitié de l’aide multilatérale. Une partie de cette aide est allouée aux fonds internationaux pour l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique.
Une caractéristique propre à la France est l’importance des aides à destination du continent africain. En 2023, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Nord ont été les deux premières zones d’intervention de la France. La Côte d’Ivoire, le Maroc et l’Egypte ont été les trois premiers pays de destination de l’APD.

L’APD découpée par le rabot budgétaire
Le graphique ci-dessous retrace l’évolution depuis 1970 de l’APD française exprimée en % du revenu national. Elle révèle le tête à queue opéré durant la dernière décennie :
- Sous le premier mandat d’Emmanuel Macron, l’APD s’est rapidement redressée, passant de 0,43% du revenu national en 2017 à 0,57% en 2022.
- Le chemin inverse a été opéré depuis 2022, l’APD étant retombée à 0,42 % du revenu national en 2025, d’après les premières estimations de l’OCDE.
La loi de finances pour 2026 prévoit un nouveau coup de rabot budgétaire affectant les moyens dédiés à la « Mission Aide Publique au Développement », qui regroupe notamment les principaux financements budgétaires de l’Agence française de développement. Les moyens de cette mission, en recul depuis 2022, sont à nouveau rabotés d’un peu plus de 700 millions d’euros, soit une baisse de 16 % en valeur nominale.
Compte tenu de ces informations, nous estimons que l ‘APD de la France, au sens de l’OCDE, est susceptible de reculer de quelque 10% en valeur en 2026, ce qui la porterait aux alentours de 0,37% du revenu national en 2026. Un retour vingt ans en arrière !

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Pour aller plus loin:
- Portail de l’OCDE sur l’APD : ICI
- Décryptages de l’association Focus 2030 (février 2026) : ICI
- Documents budgétaires : ICI
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