Retour sur l’injonction du Conseil d’Etat

Tribune parue dans Les Echos du 8/07/2021

Rendue publique dans la foulée du rapport annuel du Haut Conseil pour le climat, l’injonction du Conseil d’Etat sur l’insuffisance des moyens de la politique d’atténuation du changement climatique a fait grand bruit. Son argument majeur est que la tendance passée de nos émissions de gaz à effet de serre ne nous conduirait pas en 2030 vers l’objectif d’une baisse de 40 % des émissions de gaz à effet de serre relativement à 1990.

L’examen des données les plus récentes, rendues publiques la même semaine par le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa) – un opérateur d’Etat -, ne semble pas corroborer ce diagnostic. Une fois de plus, une grande institution de la République détourne l’attention de la question essentielle : comment passer de l’objectif de -40 %, aujourd’hui obsolète, aux -55 % auxquels nous obligent désormais nos engagements internationaux ?

Franchir cette marche d’escalier requiert de reconsidérer l’ensemble des moyens mis en oeuvre pour réduire les émissions. Là se situe le véritable débat.

Un calcul pas si simple

Commençons par le rappel des chiffres. En 1990, la France a émis 544 mégatonnes d’équivalent CO2. L’objectif d’une réduction de -40 % conduit donc à une cible de 326 mégatonnes en 1990. Peut-on dégager une tendance permettant de jauger où nous en sommes relativement à cet objectif ?

La seule lecture visuelle de la courbe montre la difficulté de calculer une tendance sur l’ensemble de la période. L’année 2005 marque clairement une rupture. De 1990 à 2005, les émissions nationales étaient sur un plateau légèrement ascendant. Depuis 2005, elles sont en baisse. On constate une rupture similaire dans la majorité des pays de l’Union européenne.

Les tests statistiques usuels corroborent la lecture visuelle. Sur l’ensemble de la période, l’ajustement d’une tendance est statistiquement peu significatif (R2 inférieur à 0,75). En revanche, la qualité de l’ajustement s’améliore si on considère la seule période 2005-2020 (R2 supérieur à 0,93). C’est cette tendance-là qu’il convient d’examiner.

Les écarts récents par rapport à la tendance s’expliquent bien. De 2015 à 2017 le contre-choc pétrolier combiné à la reprise de la zone euro fait remonter la courbe au-dessus de la droite de tendance. En 2020, la mise à l’arrêt de l’économie pour lutter contre la pandémie fait chuter les émissions en dessous de la tendance de moyen terme.

Prolongeons la tendance à l’horizon 2030. On atteint la valeur de 333 mégatonnes en 2030 avec un intervalle de confiance de 310 à 356. Autrement dit, on est dans la zone visée des -40 %. Mais on reste très loin du nouvel objectif européen, déposé dans le registre des Nations unies au titre de notre contribution à l’Accord de Paris, d’une réduction des émissions de -55 % en 2030.

Accélération massive

Bien entendu, l’analyse d’une tendance passée ne préjuge pas des trajectoires futures. Mais passer de -40 % à -55 % exige une accélération massive de la transition bas carbone. Cette question doit être au coeur du débat public, notamment au Parlement où se discute le climat.

Cela nous sera rappelé le 14 juillet prochain. La Commission européenne a en effet retenu le jour de notre fête nationale pour présenter son paquet législatif destiné à mettre l’Union européenne sur une trajectoire en phase avec l’objectif de -55 % : le seul qui nous oblige désormais et devra nous conduire à un réexamen drastique de notre politique climatique.

Lire la tribune dans le journal Les Echos

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