
Chaque année, l’UNEP, le programme des Nations Unies pour l’environnement, publie à l’amont de la COP un rapport évaluant l’écart entre les trajectoires effectives d’émission de gaz à effet de serre et celles requises pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris. Cette année, le rapport revêt une triple importance : il est publié dans le double contexte de crise énergétique et de backlash climatique aux Etats-Unis ; il acte le fait qu’un dépassement de la cible de 1,5°C d’ici 2050 ne peut plus être évité ; il fait le point sur la feuille de route établie à la COP28, lors du premier bilan global de l’accord de Paris.
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Vers un réchauffement de 2,6 à 2,8°C en 2100
Premier constat : en 2025, les émissions totales de gaz à effet de serre se sont stabilisées un peu au-dessus de 58 Gt d’équivalents CO2. On ne peut en déduire avec certitude que le pic des émissions mondiales a été atteint. En revanche, cela confirme le freinage des émissions durant la dernière décennie qui se recoupe avec l’entrée en vigueur de l’accord de Paris.
Si on projette les émissions en prolongeant les politiques actuelles, on ne stabilise pas les températures moyennes d’ici la fin du siècle. Vers 2100, le réchauffement se situe dans une fourchette de 2,6 à 2,8° C. Le 0,2°C séparant le plancher du plafond provient du degré d’application des contributions nationales déterminées au titre de l’accord de Paris. Leur entière réalisation ne réduirait donc que marginalement l’écart entre les trajectoires actuelles et les cibles de température visées par l’accord.
Le réchauffement projeté en 2100 est un peu plus élevé que celui estimé dans le rapport de l’an passé. Cela résulte principalement de la nouvelle donne climatique aux états-Unis. Le retrait américain de l’accord de Paris et de la Convention climat de 1992 retarde la transition bas carbone du deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre. Comme le rappelle le rapport de l’UNEP, ses premiers effets se sont fait sentir dès 2025 avec une augmentation des émissions provoquée par la relance de l’activité des centrales à charbon outre-Atlantique.

Le nouveau scénario à 1,5°C
Jusqu’à présent, les rapports de l’UNEP utilisaient les scénarios de référence du 6e rapport du GIEC pour limiter le réchauffement en dessous de 2°C. Cela conduisait à faire baisser les émissions dès 2020 et permettait d’atteindre la cible de 1,5°C sans dépassement, ou avec un dépassement limité à 0,1°C, entre 2020 et 2100.
Ces scénarios ne sont plus plausibles. Compte tenu des émissions déjà accumulées entre 2020 et 2026 et de l’inertie du stock de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, le franchissement de la ligne de 1,5°C durant les prochaines décennies est désormais inévitable. Cela a conduit les auteurs du rapport à explorer les voies conduisant à 1,5°C en 2100 en minimisant ce dépassement.
Ces scénarios seront décrits plus en détail dans le 7è rapport du GIEC. D’ores et déjà, on doit noter qu’ils seront plus difficiles à mettre en œuvre que les scénarios antérieurs visant 1,5°C sans dépassement. En effet, pour revenir de 1,7 ou 1,8°C au milieu du siècle à 1,5°C en 2100, il faut :
- Réduire nettement plus rapidement les émissions à partir de 2025 que dans les scénarios antérieurs (graphique de haut de page). D’après les calculs des auteurs, une baisse de 45% entre 2025 et 2035 est désormais requise, soit un rythme annuel de pratiquement -6% sur la décennie ;
- Passer en régime d’émissions négatives après 2050, ce qui implique en premier lieu de maintenir, si possible renforcer, la capacité d’absorption du CO2 de l’atmosphère par les puits de carbone naturels : océan, forêts, zones humides, sols agricoles… ;
- Compléter ce captage du carbone par des procédés industriels dont les coûts sont aujourd’hui très élevés, les technologies pas toujours éprouvées et les impacts environnementaux encore insuffisamment évalués.
D’après le rapport, il est encore possible de limiter le réchauffement à 2°C à la fin du siècle sans dépassement, mais cela exige une réduction des émissions à partir de 2025 plus marquée qu’antérieurement, du fait de la croissance des émissions observée entre 2020 et 2026.
La feuille de route énergétique : agir sur l’offre et la demande
Le rapport de l’UNEP fournit opportunément un tableau de bord, mesurant le degré de réalisation de la feuille de route tracée en 2023 à la COP28, lors du premier bilan global (Global Stocktake) de l’accord de Paris.
Il se penche en particulier sur les deux objectifs alors adoptés en matière énergétique : tripler la puissance installée des énergies renouvelables entre 2022 et 2030 ; doubler sur la période le rythme des gains d’efficacité énergétique mesurés à partir du ratio entre la consommation d’énergie et le PIB.
Depuis l’adoption de l’accord de Paris en 2015, le déploiement des énergies renouvelables a été 3 fois plus rapide qu’il n’était alors attendu, et 7 fois plus rapide pour le seul photovoltaïque. Aussi, malgré la sortie de route opérée par les États-Unis, le rapport de l’UNEP considère que l’objectif de triplement des capacités d’énergie renouvelable pourrait être atteint en 2035.
Ce déploiement permet d’élargir l’usage de l’électricité et limite bien les émissions de carbone fossile. Mais cela n’est pas suffisant pour décarboner les économies au bon rythme. Il en sera de même de l’objectif de porter en 2035 à 35% la part de l’électricité dans la consommations finale d’énergie. Cet objectif sera sans doute adopté à la COP31, sur la base d’un rapport préparé par l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Pour changer nos trajectoires d’émission au bon rythme, il ne suffit pourtant pas d’agir sur l’offre d’énergie. Il faut également modérer sa demande en chassant les gaspillages et les consommations superflues tout en élargissant à tous l’accès aux services énergétiques de base. En la matière, on en est resté au stade des intentions. L’objectif de doubler le rythme des gains d’efficacité énergétique est resté lettre morte et n’a pas fait l’objet d’un travail préparatoire similaire à celui de l’AIE pour l’électrification. Tant que ce sera le cas, les cibles de température visées par l’accord de Paris resteront hors d’atteinte.

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Annexe : l’objectif 35/35 documenté par l’AIE
Répondant à une demande de la Présidence de la COP31, l’AIE a publié mi-octobre le rapport Electrification qui documente un objectif « 35/35 », visant à porter en 2035 à 35% la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie. Ce rapport sera sans doute adopté par les délégués, car il n’impose guère de contraintes supplémentaires. En effet :
- Il ne fait guère qu’amplifier un mouvement largement entamé (graphique ci-dessous), la seule mise en œuvre des solutions aujourd’hui connues et compétitives conduisant à un taux de l’ordre de 33% en 2035 ;
- Il n’impose aucune règle sur l’origine de l’électricité consommée qui pourrait être fournie par les technologies bas carbone, mais aussi en élargissant la capacité des centrales à gaz ou en retardant le déclassement de celles fonctionnant au charbon.

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