Focus sur la COP de Glasgow

Le centre de conférence de Glasgow

Retardée d’un an, la COP26 s’inscrit dans le calendrier introduit par l’Accord de Paris. Elle doit faire le bilan des engagements des différents pays, appelés « Contributions Nationales », avant le premier bilan quinquennal programmé pour 2023. Dans la négociation climatique, c’est le rendez-vous le plus important depuis la COP21 de Paris.

Quatre enjeux principaux

A l’approche de la COP26, les déclarations sur la neutralité se sont multipliées. Viser la neutralité vers le milieu du siècle, c’est bien, mais pas trop engageant tant qu’on n’a pas décliné l’objectif en une cible contraignante d’ici 2030.

D’après le bilan établi à la veille de la conférence par le secrétariat de la Convention, la pleine réalisation des contributions nationales déposées avant la conférence conduirait à des émissions de 55 Gt de CO2eq en 2030. C’est certes 3,6 Gt de moins (-6,2%) que celles déposées en 2015. Cela reste bien trop (d’environ 26 Gt pour viser 1,5°C et 12 Gt pour 2°C) pour se mettre sur le chemin de la neutralité. L’étude annuelle Emission Gap de l’UNEP confirme le diagnostic en le déclinant par pays.

Dernier bilan du secrétariat de la Convention avant la COP26

Le premier enjeu de Glasgow sera donc de rendre possible un rehaussement de ces contributions. Pour y parvenir, deux conditions devraient être remplies.

La première concerne l’effort financier à destination des pays moins avancés au titre de la solidarité climatique. D’après les derniers pointages de l’OCDE, il manquerait 20 milliards sur les 100 milliards de dollars de transferts annuels qui doivent faciliter le financement de l’action climatique dans les pays moins avancés. Or la grande majorité de ces pays ont conditionné une partie de leurs contributions nationales à l’obtention de tels financements. Le deuxième enjeu de la COP est donc de mobiliser plus de financements internationaux pour combler le déficit actuel.

La meilleure façon de combler ce déficit serait de créer une ressource dédiée à ces financements. Les pays qui, à l’image de l’Union Européenne, ont mis en place un système de quotas d’émission pourraient par exemple s’interconnecter et allouer une partie des recettes collectées au Fonds Vert géré par les Nations Unies. Ce serait une façon innovante de donner une traduction opérationnelle à l’article 6 sur les instruments économiques, le troisième enjeu de Glasgow. Un enjeu primordial, car nombre de contributions affichées risquent de rester virtuelles sans instruments économiques facilitant leur réalisation.

Un moyen de combler le retard pris dans les réductions d’émission serait d’agir sur les émissions de méthane, le deuxième gaz à effet de serre d’origine anthropique après le CO2. C’est le quatrième enjeu de Glasgow. Du fait de sa durée de séjour relativement courte dans l’atmosphère (12 ans en moyenne), toute réduction d’émission de méthane a un effet rapide sur le stock et donc sur les températures moyennes. D’après l’UNEP, une action précoce de réduction de ces gaz permettrait de réduire de 0,3°C la température moyenne en 2050.

Que peut-on raisonnablement attendre ?

Dans la chorégraphie propre aux sommets climatiques, l’impression est donnée qu’une brochette de chefs d’Etat, qui se rencontrent le temps de faire une belle photographie, aurait le pouvoir de décider du scénario climatique dans lequel le monde va s’engager.

La photo des chefs d’Etat présents à la COP21

La réalité est bien différente. L’essentiel de l’action climatique ne se décide pas lors des conférences. Elle se construit entre les conférences, notamment lors de leur préparation. Le temps n’a pas manqué pour préparer la COP-26 en raison du report d’un an du sommet climatique. A-t-il été mis à profit pour mieux préparer le sommet ?

Sous l’angle géopolitique, l’élection de Joe Biden a permis le retour des Etats-Unis dans la négociation onusienne avec une contribution nationale fortement réévaluée. Mais la mise en œuvre du plan Biden sur le climat se heurte à beaucoup d’oppositions internes au Congrès. Par ailleurs, les tensions croissantes avec la Chine n’ont pas permis de créer un axe sino-américain à l’amont de la COP26, du type de celui qui avait rendu possible l’adoption de l’Accord de Paris en 2015.

Par ailleurs, la tension récente sur les marchés énergétiques a rappelé le niveau de dépendance de l’économie mondiale aux sources d’énergie fossile. Sa gestion à court terme a conduit, dans une logique du « chacun pour soi », à une mobilisation accrue des moyens de production les plus émetteurs de CO2. Elle risque de ralentir les plans de désinvestissement à l’égard de ces outils (quand ils existent !). Elle révèle aussi les oppositions entre ceux qui ont intérêt à ralentir la sortie des énergies fossiles et ceux qui participent au mouvement. La gouvernance actuelle de la COP ne permet guère de gérer ces contradictions.

En contrepoint, deux moteurs vont continuer d’agir favorablement. Sous l’angle économique, la triple baisse des coûts des énergies renouvelables à la production, du stockage de l’électricité et de la gestion intelligente des réseaux, constitue un puissant facteur d’accélération. Sous l’angle politique, la question climatique s’impose de plus en plus au cœur des débats publics, notamment du fait de la mobilisation des jeunes générations.

Ce double moteur a peu de chance de faire des miracles à la COP26. Après la clôture de la conférence, il continuera en revanche à exercer une pression croissante en faveur de l’accélération de l’action climatique dans le monde.

Pour aller plus loin :

UNFCCC, Site de la Convention Cadre de 1992. Rapport sur les Contributions Nationales
UNEP, Emission Gap Report, 2021, octobre 2021
CITEPA, De la COP-25 à la COP-26 : Quels enjeux pour la Conférence de Glasgow ? Oct. 2021

Pour une vision plus complète, voir dans notre abécédaire : C… Comme COP de Glasgow

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