Le problème n’est pas l’étroitesse du détroit d’Ormuz, mais la lenteur de la transition écologique !

Chronique parue le 12 mai 2026

Dans l’urgence, les gouvernements ont multiplié les mesures de court terme pour amortir les impacts récessifs du blocage du détroit d’Ormuz : pour l’essentiel, assurer des voies d’approvisionnement alternatives en matières stratégiques, quitte à les payer plus cher. Pour réduire les fragilités structurelles des économies face à ces chaînes d’approvisionnement, il faut accélérer la transition écologique. Cela concerne aussi bien le carbone fossile que le carbone vivant.

Rompre la dépendance au carbone fossile

Plus d’un demi-siècle après le choc pétrolier de 1973, les commentateurs ont semblé découvrir avec stupeur la forte dépendance de l’économie mondiale à l’égard du Proche-Orient. A l’évidence, le problème de fond n’est pas l’étroitesse du détroit qui facilite les blocages en tous genres. C’est la dépendance du système économique mondial à l’égard de l’énergie fossile qui perdure, trente-cinq ans après l’alerte sur le réchauffement climatique lancée par le premier rapport du GIEC.

Avec une différence majeure : aujourd’hui les solutions alternatives pour fournir en quantité de l’énergie décarbonée sont clairement identifiées. Elles deviennent rentables et accessibles grâce à la chute des coûts de production de l’électricité renouvelable et du stockage d’énergie par batterie. C’est le moment clé pour accélérer leur déploiement, malgré les pressions de sens contraire exercées par les producteurs d’énergie fossile, Amérique trumpienne en tête. La Chine et les autres pays émergents l’ont bien compris. A l’Europe de sortir de ses atermoiements et de mettre le pied sur l’accélérateur de la transition énergique, faute de quoi son déclassement est assuré.

Sécurité alimentaire : l’arme du carbone vivant

Le blocage du détroit d’Ormuz a renchéri l’énergie utilisée par les agriculteurs et surtout perturbé les approvisionnements en fertilisants. Un tiers des exportations mondiales d’urée et un quart de celles d’ammoniac transitaient par le détroit avant le démarrage des hostilités. Les engrais phosphatés sont également affectés, avec un risque supplémentaire de pénurie du soufre utilisé pour leur fabrication. Contrairement aux matières énergétiques, il y a très peu de stocks tampon. C’est pourquoi la FAO a lancé une alerte sur le risque de crise alimentaire dans le monde.

Ici encore, il convient de s’attaquer aux sources du problème : la dépendance des systèmes agricoles aux intrants chimiques qui continue de s’accroître. A cette voie, il convient d’opposer celle de l’agroécologie qui utilise la biodiversité des sols et des milieux pour produire mieux et souvent plus à l’hectare. En deux mots : investir dans la diversité du carbone vivant pour s’affranchir de la dépendance au carbone fossile. En matière de fertilisation, réduire massivement les engrais minéraux au profit d’engrais organiques dont une bonne partie peut être produite par les quelque 580 millions d’agriculteurs sur lesquels repose notre sécurité alimentaire collective.

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