Moins d’engrais chimiques : l’un des bénéfices de l’agroécologie

Suites à la chronique parue dans Les Echos du 12 mai

Je remercie les auteurs des commentaires publiés en réction à mon post sur l’étroitesse du détroit d’Ormuz et la dépendance aux engrais minéraux des systèmes agricoles. J’ai été particulièrement sensible aux critiques rappelant que la substitution de ces produits chimiques par des fertilisants organiques ne serait pas une opération miraculeuse, « l’azote et le potassium ne tombant pas du ciel ».

Pour répondre à une demande explicite, voici « en 10 phrases » la façon dont je vois les choses :

  • Premier composant de l’atmosphère, l’azote y est présent en quantités quasi-illimitées, mais la majorité des plantes (à l’exception des légumineuses) ne savent pas l’utiliser directement ;
  • Jusqu’à la découverte du procédé dit « Haber-Bosch » au-début du siècle dernier, les hommes ne savaient pas le faire non plus ;
  • Grâce à ce procédé, la production massive d’engrais minéraux a révolutionné les systèmes agricoles au XXè siècle, accroissant les rendements dans des proportions inouies, ce qui a permis de faire face à l’accroissement démographique ;
  • Cette deuxième « révolution agricole », analysée en détail dans l’ouvrage Histoire des agriculteurs du monde de Mazoyer et Roudart, se heurte à des limites comme en témoigne par exemple la stagnation des rendements céréaliers en France depuis maintenant deux décennies ;
  • Comme le montre le dernier rapport de la FAO, cet affaiblissement, aggravé par les impacts du réchauffement climatique, touche aussi bien les systèmes des pays industrialisés que ceux du Sud global du fait de l’appauvrissement des sols ;
  • Pour restaurer la résilience, les systèmes agricoles vont engager une nouvelle révolution fondée sur l’agroécologie consistant à utiliser la diversité du vivant, et non à la détruire, pour produire mieux et de façon intensive à l’hectare ;
  • Basculer de systèmes toujours plus spécialisés, vers des systèmes diversifiés associant dans les rotations et les assolements une plus grandes variétés d’espèces et en trouvant de nouvelles complémentarités entre végétal et animal est le premier volet de la révolution agroécologique ;
  • Un second consiste investir dans les sols vivants pour reconstituer leur matière organique, leur vie microbienne, leur capacité à stocker l’eau etc. en maintenant le couvert végétal et en enrichissant les écosystèmes ;
  • La réduction massive des produits chimiques utilisés pour la fertilisation et le traitement des cultures est un co-bénéfice majeur de cette « révolution agricole qui vient » (chapitre V de Carbone fossile, carbone vivant).

Bien entendu, cette transformation dont on voit de multiples prémices, est complexe et prendra du temps. Elle se heurte à de puissants intérêts privés. Elle présente de multiples facettes car elle se construite en fonction des caractéristiques propres à chaque territoire et chaque écosystème.

Investir dans le diversité biologique des sols

******************************************

  • Dernier rapport de la FAO sur l’appauvrissement des terres : ICI
  • Plus d’information sur l’ouvrage de Mazoyer et Roudart : ICI
  • Retour à l’ACCUEIL

Laisser un commentaire