
Édouard Civel est chercheur associé à la Chaire Economie du Climat. Sa thèse porte sur le rôle de l’information (par exemple les labels comme le DPE, mais aussi le bouche-à-oreille) dans la transition climatique du secteur immobilier. Je reproduis ci-dessous sa fiche de lecture de Carbone fossile, carbone vivant, publiée sur le site de la chaire fin août.
*****************************************
De quoi ça parle ?
Le livre part d’un constat simple mais souvent occulté : la transition énergétique ne suffit pas. Même si l’on éradiquait l’utilisation des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) d’ici 2050, il resterait un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre à résorber : celles issues du carbone vivant (déforestation, élevage, dégradation des sols…). L’ouvrage articule ainsi deux transitions nécessaires et interdépendantes : la transition énergétique d’un côté, et la transition agroclimatique de l’autre.
Qu’est-ce qui t’a particulièrement intéressé, toi, dans ce livre ?
Ce qui frappe d’emblée dans ce livre, c’est le renversement de cadre sur la notion d’abondance, une grandeur classiquement « recherchée » par les économistes.
Mais les ressources fossiles sont aujourd’hui trop abondantes, et le rôle des économistes devient donc de penser la réintroduction de rareté. Le défi qui en découle n’est pas seulement de mobiliser l’investissement bas carbone, mais de piloter le désinvestissement des activités fossiles. Passer d’une logique d’addition à une logique de soustraction : voilà une formulation qui résume particulièrement bien ce qui coince politiquement, et qui rejoint les questions que l’on traite quotidiennement à la Chaire sur les instruments de tarification du carbone, leurs effets distributifs et les enjeux de justice climatique.
J’ai aussi beaucoup apprécié l’éclairage donné sur les océans dans le chapitre dédié aux puits de carbone. Il s’agit d’un angle mort quasi-total des politiques climatiques, alors que la pompe à carbone océanique joue un rôle déterminant à long terme. L’histoire de la loutre de mer et ses effets en cascade sur les écosystèmes marins est à la fois surprenante et pédagogiquement saisissante.
Qui devrait le lire aussi et pourquoi ?
Tous ceux qui pensent que la question climatique se résume à décarboner l’énergie ! Le livre montre que l’agriculture, l’alimentation et les puits de carbone naturels sont des éléments essentiels de l’équation. C’est aussi une lecture utile pour quiconque travaille sur la politique climatique européenne, pour garder le cap du Green Deal face aux vents contraires du backlash écologique. L’ouvrage peut vraiment servir de référence à tous les praticiens, car il est précis, sourcé scrupuleusement, ancré dans l’actualité, accessible à un non économiste, mais jamais simplifié à l’excès.
**********************************************