« Moi Président » : deux mesures pour sortir du backlash climatique

Tribune parue dans L’Opinion, le 12 septembre 2026

Dans sa série « Moi Président », le journal « L’Opinion » a demandé à un certain nombre de « non candidats » d’indiquer quelles seraient leurs premières mesures, s’ils se trouvaient malgré tout au poste suscitant tant de convoitises. Voici ma réponse récemment publiée par le journal. Restant « non candidat », j’apporterai mon soutien à tout vrai candidat reprenant ces propositions.

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Canicules, sécheresse, méga-incendies… l’été 2026 n’a pas été un accident de parcours. Il a reflété les impacts croissants et récurrents du réchauffement climatique. Même la candidate relayant depuis toujours les mensonges climato-négationnistes a dû opérer une brusque volte face en dénonçant l’impréparation gouvernementale face à des risques identifiés de longue date par les scientifiques. Un comble !

L’accusation a été reprise par la plupart des candidats. Un an avant la canicule de 2026, le gouvernement avait pourtant bouclé, sans provoquer d’opposition, le « Plan national d’adaptation au changement climatique ». Mais ce plan se focalisait sur « une France à 4° C » à la fin du siècle et à 3° C en 2050, comme si l’adaptation au réchauffement ne concernait que le futur. Cela permettait d’économiser sur les moyens affectés à court terme à la protection contre les canicules et donnait toutes sortes de flexibilité pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre au titre de l’atténuation. Flexibilités largement utilisées durant le second quinquennat d’Emmanuel Macron, achevé sur fond de backlash climatique.

Comme je m’y suis engagé lors de la campagne, ce quinquennat sera celui de la sortie du backlash climatique, par une stratégie renforçant les moyens protégeant dès aujourd’hui, pas en 2050, les citoyens face aux canicules et accélérant les investissements requis pour rompre notre addiction aux énergies fossiles. Ces deux volets requièrent d’importants moyens financiers dans un contexte budgétaire contraint. Mes deux premières décisions visent à sécuriser ces financements climat sans peser sur le déficit public, tout en renforçant l’équité sociale.

Financer l’adaptation grâce à la fiscalité sur les successions

Concernant l’adaptation, j’ai décidé de reprendre la proposition formulée par un groupe d’économistes réunis autour de Philippe Aghion, de coupler fiscalité des successions et dotations volontaires au titre de l’investissement d’intérêt général. Dès le mois prochain, tous le détenteurs de patrimoine, petits ou gros, pourront effectuer des dons à deux nouvelles structures : le fonds « protection face aux canicules » et le fonds « stockage de l’eau par l’agroécologie ». Chaque euro versé sera déduit des droits futurs de succession, dont l’assiette sera par ailleurs élargie et la progressivité renforcée pour les gros patrimoines.

Ces deux fonds de dotation, gérés par la Caisse des Dépôts, ne financeront pas directement les opérations, mais permettront de démultiplier l’action des opérateurs spécialisés. Dans la phase d’amorçage, il sont centrés sur deux priorités : l’équipement des logements et bâtiments recevant le public face aux pics de chaleurs et la gestion responsable de l’eau par les agriculteurs. Leur périmètre d’action sera ensuite élargi à d’autres volets de l’adaptation, en particulier la forêt et la résilience des agriculteurs grâce à la généralisation des  paiements pour les services qu’ils rendent à la société via l’agroécologie.

Création du revenu carbone universel

La sortie des énergies fossile requiert un double mouvement d’investissement dans les infrastructures bas carbone et de désinvestissement dans celles qui supportent les énergies fossiles. Le levier clef pour accélérer ce double mouvement est la tarification carbone devenue pratiquement taboue au sein de la classe politique depuis le mouvement des gilets jaunes. Pourtant, ce n’est pas la taxe carbone qui a provoqué la fronde des gilets jaunes, mais l’absence de sa redistribution dans un contexte où le prix de l’énergie fossile augmentait sur les marchés internationaux.

Comme je m’y suis engagé, ce quinquennat sera celui de l’accélération de la sortie des énergies fossiles grâce à la tarification carbone redistribuée. Cette redistribution prendra la forme du « revenu carbone », versé sous forme monétaire à tous les ménages à faible revenu. Ce revenu progressera à chaque augmentation de la tarification carbone portant sur les carburants et les combustibles fossiles utilisés dans les logements. Il sera calibré pour surcompenser l’effet dégressif de la taxe carbone pour les ménages situés dans le tiers des plus bas revenus. Le revenu carbone ainsi établi permettra d’accroître la tarification, d’origine nationale ou européenne, au-delà de 100 euros la tonnes de CO2, seuil à partir duquel les experts estiment que le prix du carbone accélère significativement la baisse des émissions. Sous l’angle climatique, cette stratégie permettra au pays de retrouver une trajectoire compatible avec l’objectif européen d’une réduction de 55 % des émissions en 2030. Cela n’aura pas d’impact direct sur la courbe des températures qui continueront de monter, mais apportera de nombreux cobénéfices à nos concitoyens. J’en citerai deux : une meilleure santé grâce à l’amélioration de la qualité de l’air ; la reconquête d’une partie de notre souveraineté économique grâce à la réduction de notre dépendance à l’égard de l’énergie importée.

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