
Deuxième gaz à effet de serre d’origine anthropique, le méthane a contribué à environ 30 % du réchauffement climatique observé depuis l’ère préindustrielle d’après le 6e rapport du GIEC (graphique de haut de page). Un très lourd tribut payé au climat.
Du fait de sa durée de séjour relativement courte dans l’atmosphère, une baisse des émissions de méthane aurait un impact bien plus rapide sur le réchauffement qu’une action équivalente opérée sur le CO2 ou les autres gaz à effet de serre.
C’est pourquoi la réduction des fuites de méthane dans l’industrie des énergies fossiles où elle est techniquement réalisable à des coûts faibles, voire négatifs, devrait être une priorité. Cette voie semble pourtant moins assurée du fait des hésitations européennes sur la mise en place de la régulation des émissions importées.
Elle apparaît encore plus contrariée par le démantèlement, annoncé le 27 octobre par Donald Trump, de l’ensemble des régulations héritées de l’ère Biden couvrant l’industrie pétrogazière américaine. Cette industrie étant la première émettrice de méthane au monde, devant la Russie et l’Iran, c’est un bien mauvais coup pour le climat.

Union européenne : hésitations sur la régulation des émissions importées
L’Union européenne (UE) émet peu de méthane à partir de l’énergie fossile utilisée sur son territoire, mais génère des émissions dans les pays d’origine via ses importations de pétrole de charbon et de gaz. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime en effet que 80% des émissions du secteur des énergies fossiles proviennent des opérations situées à l’amont.
Dans ce contexte, l’UE a adopté en 2024 un règlement exigeant des importateurs qu’ils déclarent ces émissions dans les pays d’origine puis réduisent progressivement les fuites de méthane associées à ces importations.
Le calendrier de mise en place de cette régulation semble cependant remis en cause par la crise énergétique déclenchée par la guerre au Proche Orient et les incertitudes sur les approvisionnements.
Au nom de la sécurité des approvisionnements, la Commission a dans un premier temps décidé de ne pas appliquer le régime des pénalités prévues pour les opérateurs ne respectant pas leurs obligations de déclaration à partir du 1e janvier 2027.
Sous la pression de certains états membres, en particulier la France à la suite d’un courrier d’Emmanuel Macron adressé à Bruxelles, c’est l’ensemble du calendrier de mise en œuvre qui risque d’être affecté. L’obligation de déclaration pourrait ne pas entrer en vigueur avant 2028, au plus tôt.
Le renoncement américain
Les décisions annoncées par Donald Trump le 27 octobre reposent sur les mêmes justificatifs : assurer un approvisionnement énergétique au moindre coût pour les ménages américains.
Le document mis en ligne par l’Agence environnementale (EPA) estime ainsi que l’abandon des régulations de l’ère Biden serait susceptible de réduire de quelque 45 Mds de dollars les coûts de production et d’acheminement du pétrole et du gaz et de relancer l’extraction, notamment pour les petits puits. Il omet, au passage, de mentionner les bénéfices de la récupération des fuites de méthane qui permettrait de fournir des services énergétiques supplémentaires à niveau d’extraction inchangé.
La régulation introduite en 2024 par l’administration Biden avait étendu et durci des règles s’imposant auparavant uniquement aux nouvelles installations fortement émettrices. Cette régulation intégrait notamment les petits puits fournissant environ 6% de la production de pétrole et de gaz américaine, mais à l’origine de près de la moitié des émissions de méthane.
Ce démantèlement va ramener les États-Unis à la situation prévalant antérieurement, avec des règles minimalistes qui avaient été assouplies dans les années 2000 pour favoriser le développement des pétroles et gaz de schiste. Dans cet environnement, le secteur Oil & gas est devenu le premier émetteur de méthane américain, dépassant le secteur de l’agriculture durant la décennie 2000.
C’est donc un bien mauvais coup qui est à nouveau porté au climat, au prétexte de la recherche de sécurité des approvisionnements énergétiques à court terme.

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