Climat : cinq « incontournables » de la planification écologique

Tribune parue dans Les Echos du 13 juin 2022

Le concept de « planification écologique » s’est imposé au cœur du débat public. Concernant le climat, il soulève cinq questions incontournables qui n’ont gère été abordée durant les récentes échéances électorales.

Définir le bon objectif

La Stratégie nationale bas carbone (SNBC), feuille de route héritée du précédent quinquennat, retient la cible de neutralité climat en 2050, en cohérence avec l’objectif de l’UE.

Pour viser la neutralité en 2050, l ‘UE a rehaussé son objectif intermédiaire, avec une réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2030, contre 40 % antérieurement. L’objectif de la SNBC à 2030, encore calé sur – 40 %, doit être réévalué en conséquence. Peut-on aller au-delà de 55 % ? Le programme de la Nupes affiche -65 %… sans détailler les moyens pour y parvenir.

Transition énergétique

L’utilisation d’énergie fossile étant à l’origine des trois quarts de nos émissions, l’accélération de la transition énergétique est incontournable. Côté demande, cela implique de renforcer l’efficacité et la sobriété énergétiques, comme le montrent en détail les scénarios de l’institut Negawatt.

Côté offre, il convient d’accélérer la substitution de moyens de production décarbonés aux sources d’origine fossile en accélérant le déploiement des renouvelables pour lesquels notre pays fait office de lanterne rouge au sein de l’UE. Cela implique de clarifier le rôle du nucléaire, qui va immobiliser beaucoup trop de capital si on veut à la fois prolonger la durée de fonctionnement du parc installé au-delà de 40 ans et lui substituer à terme d’autres moyens de production nucléaires.

Transition agroécologique

En 2021, l’agriculture a été à l’origine d’un cinquième des émissions du pays, principalement du méthane et du protoxyde d’azote résultant des pratiques agricoles. On ne les réduit pas en agissant sur l’énergie mais en suivant la voie de l’agroécologie, qui mise sur la diversité du vivant, les complémentarités entre le végétal et l’animal, la protection des sols pour stocker la matière organique, l’eau et le carbone.

La guerre en Ukraine nous le rappelle avec force. Il ne s’agit pas de produire moins, mais de produire mieux et en accroissant la résilience des systèmes agricoles face au réchauffement. Amorcer ce virage à grande échelle est la seconde priorité de la planification écologique.

Le choix des instruments 

La planification écologique ne va pas nous mettre sur des trajectoires d’émission préprogrammées par un planificateur omniscient. Nombre d’actions de réduction d’émission ou de renforcement de la résilience face au réchauffement se définissent à l’échelle locale, à l’aide d’outils de planification décentralisés.

La tarification carbone constitue, avec les normes, un instrument indispensable pour inciter tous les acteurs économiques à se détourner des énergies fossiles. Elle permet d’économiser l’argent public en le recentrant sur les fonctions régaliennes : recherche et développement, infrastructures bas carbone, valorisation des services écosystémiques, accompagnement des reconversions. La dynamique est ici européenne avec le renforcement du système des quotas de CO2 et son extension à l’ensemble des émissions du transport et des bâtiments.

Gagner l’adhésion citoyenne

Une planification écologique doit enfin reposer sur l’adhésion des citoyens, à qui il ne suffit pas de raconter de beaux récits sur les bienfaits de la transition. Pour ne pas amputer le pouvoir d’achat des plus vulnérables, la planification écologique doit prévoir une large redistribution au profit des bas revenus. Elle doit également anticiper et financer les multiples reconversions que va imposer la transition bas carbone.

Enfin, le réchauffement affecte plus sévèrement les populations qui ont généralement le moins contribué à l’augmentation de l’effet de serre. Il génère de nouvelles inégalités. La planification écologique doit donc comporter un réel volet dédié à la résilience face aux impacts du réchauffement qui vont se durcir durant les prochaines décennies, quel que soit le scénario global d’émission.

Lire l’original dans le journal Les Echos

Retour à l’accueil

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :