
Lors de mes premiers cours sur le réchauffement climatique, au début des années 2000, le climat était considéré comme une problématique de développement durable. L’urgence était d’agir rapidement sur les émissions de gaz à effet de serre pour échapper à des dégâts majeurs à des horizons lointains.
Ce type d’approche est désormais obsolète. Avec la multiplication des évènements extrêmes, comme les canicules de l’été 2026 ou l’intensité du nouvel épisode El Niño, nous sommes entrés dans un monde où le réchauffement planétaire frappe déjà lourdement. Et cela va s’amplifier durant les prochaines décennies. Réagissant à la prise de conscience des citoyens, les politiques de tous bords en appellent à des stratégies d’adaptation massives. Jusqu’au Rassemblement National qui, après avoir relayé des années durant les mensonges climato-négationnistes, s’offusque de l’impréparation gouvernementale et prescrit la généralisation de la climatisation comme remède miracle.
Complémentarité adaptation/atténuation
Face aux extrêmes climatiques, la bonne réponse ne consiste pas à promouvoir plus d’adaptation, au risque de baisser la garde sur les actions d’atténuation visant à réduire les émissions. Il faut repenser l’action climatique en visant la synergie entre ces deux volets. Adaptation et atténuation sont bien plus complémentaires que concurrentes et doivent en conséquence être mises en œuvre simultanément.
C’est particulièrement le cas pour le carbone vivant issu de la photosynthèse qui va jouer un rôle aussi important dans la marche vers la neutralité carbone que la sortie de notre dépendance à l’égard du carbone fossile. L’agriculture, les forêts, plus généralement les écosystèmes, sont les premières victimes du durcissement des conditions climatiques. Le réinvestissement dans la biodiversité permet d’accroitre leur résilience face au réchauffement, tout en réduisant les émissions spécifiques de l’agriculture (méthane et protoxyde d’azote) et en protégeant les puits de carbone naturels, comme les forêt, les sols vivants, les milieux humides, etc. Sans oublier l’océan, le plus important puits de carbone à l’échelle planétaire et pourtant véritable angle mort des politiques climatiques.
Question de justice climatique
L’intégration du volet adaptation dans l’action est également une question de « justice climatique ». Il n’y aura pas d’adhésion des citoyens aux politiques permettant de faire reculer le backlash climatique en l’absence de moyens conséquents alloués à leur protection face au dérèglement du climat qui est déjà là. L’adaptation ne concerne pas seulement la France à +4°C de 2100 ou celle à +3°C de 2050. Mais d’abord celle de 2026 !
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