
Alors que le débat budgétaire s’ouvre aujourd’hui à l’Assemblée Nationale, le Gouvernement propose une nouvelle contraction des crédits budgétaires à l’Aide publique au développement. Les renoncements français en la matière, s’inscrivent dans une onde de choc bien plus large dont l’épicentre se situe aux Etats-Unis. Des renoncements injustifiables, tant au plan éthique, que budgétaire ou économique.
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Rarement les besoins de l’aide publique au développement n’ont été aussi aigus : remontée récente de la grande pauvreté au Sud ; accès de plus en plus problématiques aux financements internationaux en raison de l’escalade des taux d’intérêt dans le monde ; diffusion hors contrôle du virus Ébola en Afrique centrale ; crises alimentaires provoquées par des conflits armés qui bloquent l’accès des populations civiles aux ressources alimentaires (Somalie, Tigré, Gaza, Yémen, Haïti,…).
L’intensité exceptionnelle du nouvel épisode El Niño est confirmée de mois en mois par les centres d’observation scientifiques. Ses premiers effets sont déjà là, comme en témoigne la remontée des cours des denrées agricoles de base suivis mensuellement par la FAO : hausse du prix des céréales, en particulier du riz affecté par la faiblesse des moussons en Asie du Sud, un mécanisme directement imputable à El Niño ; idem pour l’huile de palme en Asie du Sud-Est où les pertes de récolte contribuent au renchérissement des oléagineux ; incertitudes sur le soja et le maïs au Brésil qui subit également le phénomène climatique.
Mais le plus dur est devant nous. L’intensité maximale d’El Niño ne sera pas atteinte avant la fin de l’hiver. Elle va sévèrement affecter les systèmes vivriers de pays hautement vulnérables : Caraïbes et couloir aride d’Amérique centrale ; Afrique australe qui a déjà subi deux années de sécheresse ; Corne de l’Afrique où des précipitations diluviennes risquent au contraire de perturber les approvisionnements. Les impacts multiformes d’El Niño sur l’offre agricole risquent de porter l’indice du prix des denrées de base de la FAO aux niveaux de crise observés en 2022, année où la faim a touché le plus grand nombre de personne dans le monde. L’inflation alimentaire risque alors d’effacer les modestes progrès obtenus ces trois dernières années en matière de lutte contre la sous-nutrition.
Il est encore possible d’échapper à ce scénario du pire. Mais il faut pour cela stopper la spirale de réduction de l’aide publique au développement, triste reflet de la montée des nationalismes et des populismes dans le monde. On n’en prend hélas guère le chemin.
En 2025, l’onde de choc provoquée par le démantèlement de l’USAID, le principal canal de de distribution de l’aide américaine s’est propagé à la majorité des autres pays donateurs, particulièrement en Europe avec des coupes sévères en Allemagne et en France. Globalement, les flux d’aide Nord-Sud ont pratiquement reculé d’un quart en termes de pouvoir d’achat en un an. Un choc qui n’a pas pu être amorti par la solidarité privée et la philanthropie elles aussi touchées par le virus des replis nationalistes.
D’après les estimations de l’OCDE la spirale récessive s’est poursuivie en 2026 avec un nouveau recul de 7 % de l’aide publique en termes réels. Les premières projections réalisées à partir des informations recueillies auprès des gouvernements, laissent augurer de nouvelles baisses en 2027 et 2028. Au terme de ce cycle récessif, l’OCDE estime que l’aide publique redescendrait à 0,21 % du Revenu national des pays riches, un étiage jamais atteint dans le passé.
Le projet de loi de Finances, déposé début octobre par le Gouvernement, s’inscrit dans cette dynamique récessive. La « Mission aide publique au développement » du budget regroupe la partie de l’aide publique qui ne dépend pas des obligations internationales de la France, ni celle dirigée vers les demandeurs d’asile et les étudiants étrangers. Le Gouvernement propose d’amputer de 11 % les crédits alloués cette mission. Si elle est adoptée par les députés, cette mesure porterait à plus de 50 % la baisse des moyens budgétaires alloués à la Mission entre 2024 et 2027. Aucune autre mission de l’état n’a subi de coupes comparables.
Il y a trois raisons majeures de s’opposer à ces coupes impitoyables. La première, d’ordre éthique, est imparable : comment justifier de telles coupes dans la solidarité Nord-Sud, au moment où précisément se multiplient les urgences ? La seconde est strictement budgétaire : ce n’est pas en jouant sur des crédits qui ne représentent plus que 0,43% des dépenses de l’état qu’on va contribuer significativement à l’assainissement de nos comptes publics. La troisième est économique : la rétraction de l’aide au développement et le repli derrière les frontières détruisent notre réputation et affaiblissent nos positions sur des marchés dont nos entreprises ont besoin pour leur développement et leur contribution à la création de richesse nationale.
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