Le quota de CO2 à 50 €/t : une bonne nouvelle pour l’action climatique !

Tribune dans Les Echos du 11 mai 2021

Sur le marché européen du carbone, le prix du quota de CO2 a franchi la barre des 50 €/t le 7 mai dernier. Jamais ce prix n’avait dépassé 30 €/t durant les quinze premières années de fonctionnement du marché. Il n’en fallait pas plus pour déclencher des réactions alarmistes dans certains milieux industriels.

50 €/t : un prix plutôt modéré compte tenu de l’urgence climatique

Pour la majorité des économistes du climat, le niveau de 50 €/t est loin d’apparaître excessif. Les travaux sur la valeur théorique du carbone requise pour viser un réchauffement en dessous de 2 °C conduisent généralement à des valeurs nettement supérieures. Les 50 €/t se situent dans le bas de la fourchette que nous préconisons à court terme pour encadrer les fluctuations de ce marché (40 à 80 €).

Dans le passé, le prix du quota a déjà connu des hausses passagères, suivies de fortes retombées. L’actuelle tension sur le marché carbone s’inscrirait-elle dans le seul mouvement cyclique actuellement observé sur l’ensemble des matières premières ? Ce serait un contresens de s’accrocher à une telle interprétation. La hausse du prix du quota traduit en premier lieu la mise en place d’objectifs climatiques enfin contraignants à l’échelle de l’Union Européenne.

Fondamentalement, un système d’échange de quotas est un mécanisme de rationnement avec flexibilité : on plafonne les émissions de CO2 concernées ; puis on introduit de la souplesse en autorisant les échanges de droits à émettre. D’où l’expression « cap & trade » souvent utilisée par les économistes. Le prix du quota en résultant incite simultanément les producteurs et les consommateurs à se détourner des énergies fossiles.

La décision la plus importante sur ce marché est la fixation du plafond. C’est lui qui détermine la plus ou moins grande sévérité du rationnement et, partant, l’intensité du signal prix qui détournera les acteurs économiques de leur addiction aux fossiles.

Jusqu’à présent, ce rationnement a été effectué de façon homéopathique car les objectifs européens en matière de réduction d’émission de gaz à effet de serre n’étaient guère contraignants.

Une constante depuis 2005 : l’absence d’objectifs contraignants

Lors de la phase de test du marché (2005-2007), la fixation du plafond a été réalisée de façon décentralisée, chaque État membre disposant d’une large autonomie. Le résultat ne s’est pas fait attendre : les États ont servi généreusement leurs industriels. Beaucoup trop de quotas ont été distribués. Leur prix a rapidement tendu vers zéro !

La seconde phase du marché carbone (2008-2012) se superposait avec la période de conformité du protocole de Kyoto. Le plafond d’émission a donc été fixé pour faciliter l’atteinte des objectifs du protocole. Rétrospectivement, il apparaît que ces objectifs n’étaient pas contraignants. On l’a vu sur le système d’échange des quotas avec la possibilité donnée aux installations d’utiliser des crédits Kyoto pour leur conformité. Résultat : le prix du quota était tombé à 6 € la tonne fin 2012 sur un marché durablement sur-alloué.

Le plafond de la troisième phase du marché (2013-2020) a été directement fixé au niveau de l’UE, en référence à l’objectif du « Paquet énergie-climat » adopté en décembre 2008 : une réduction de 20 % des émissions en 2020, relativement à 1990. Un objectif contraignant ? L’objectif était atteint dès 2013 : pas besoin du système de quotas pour l’atteindre en 2020 !

Le passage à l’objectif de -55% change la donne

Au moment de l’établissement des règles fixant le plafond pour la quatrième phase (2021-2030), l’objectif européen, déposé aux Nations Unies dans le cadre de l’Accord de Paris, était une baisse de 40 % en 2030 relativement à 1990, correspondant à un recul de 43 % sur 2005 pour les émissions assujetties aux quotas. À nouveau, on allait tout droit vers une quatrième phase dépourvue de réelle contrainte.

Les élections européennes de mai 2019, le « verdissement » des instances EU en résultant, le catalyseur de la pandémie ont changé la donne. Au terme d’un processus compliqué, le Conseil Européen a rehaussé en décembre 2020 l’objectif climatique à 55 % de baisse, minimum. Ce chiffre est la nouvelle contribution de l’UE déposé aux Nations-Unies dans la perspective de la prochaine COP de Glasgow (novembre 2021).

Pour franchir cette marche d’escalier, l’Europe est en train d’élaborer les instruments qu’il faudra mettre en place dès 2023. Le renforcement du marché carbone, l’extension du périmètre et l’intégration du dispositif dans une politique commerciale proactive via le « mécanisme d’ajustement aux frontières » en constituent l’ossature.

Cela doit conduire les acteurs économiques à se préparer à travailler désormais avec un prix du CO2 bien supérieur à celui qu’ils connaissaient hier.

Lire notre dossier complet sur le marché carbone européen : 15 ans de marché carbone européne

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